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mardi 20 février 2007

Le président Conté compte ses morts


Après avoir dérobé des armes dans des commissariats de Conakry, le week-end dernier, de nombreux manifestants ont commencé à bloquer les principales artères de la ville, avant d’affronter les éléments de la police anti-émeute et de l’armée dans plusieurs quartiers de la capitale. Lundi encore, de nouveaux barrages routiers étaient dressés et les affrontements avec les forces de sécurité se poursuivaient. Selon les correspondants d’IRIN à Conakry, des manifestants s’en sont également pris aux automobilistes et aux passants. Des magasins ont été pillés et plusieurs domiciles ont été cambriolés dans les banlieues. Les récents affrontements sont survenus dès le premier jour de la reprise de la grève générale décrétée après la nomination par le Président Conté d’un nouveau Premier ministre issu du cercle de ses proches collaborateurs, un choix contraire aux engagements qu’il avait pris de nommer un chef de gouvernement de large consensus.


Lors de la précédente grève, suspendue le 29 janvier, 59 personnes ont été tuées par balles au cours des 18 jours de manifestations qui ont secoué toutes les villes du pays. Lundi, le siège de Liberté FM, une des deux radios indépendantes du pays, a été saccagé par des soldats en bérets rouges, se présentant comme des membres de la garde présidentielle. La station a cessé d’émettre en milieu de matinée. Puis, vers midi, des coups de feu ont été entendus dans la principale caserne de l’armée, à Conakry. Les soldats réclamaient le paiement de leurs salaires ainsi que des promotions, ont confié de hauts responsables de l’armée. La mutinerie a rapidement été circonscrite, après la promulgation par le Président Lansana Conté d’un décret accordant un grade supérieur à chaque soldat. Au cours des émeutes de ce weekend, les maisons d’au moins deux ministres du gouvernement ont été mises à sac, ainsi que les bureaux et domiciles des responsables locaux des capitales régionales de Nzérékoré (sud-est) et de Labé (centre).


Dans la capitale régionale de Kankan (est) qui, comme Conakry, a été le théâtre des plus grandes manifestations et scènes de violence au cours du mois en janvier, les manifestants ont affronté la police samedi et libéré les prisonniers de la prison municipale. Cette forme de violence et d’anarchie est une première dans l’histoire récente de la Guinée. En effet, certains analystes de la région considéraient que ce pays était politiquement stable et que ses forces de sécurité étaient suffisamment répressives pour dissuader les Guinéens d’organiser des manifestations publiques. Et contre toute attente, les leaders des puissantes centrales syndicales ont lancé en 2006 un mot d’ordre de grève pour protester contre l’inflation galopante et la dégradation du niveau de vie.


Irin - Lijaf /Conakry, 14 février 2007

Plongés dans la crise, les étrangers de Guinée évacuent leurs familles


La situation qui prévaut en Guinée Konakry en ce moment inquiète les populations et surtout les expatriés qui commencent à quitter doucettement le pays, mais certains résistants étrangers croient que cette crise est passagère.


Dans la salle d'enregistrement bondée de l'aéroport de Conakry, Nathalie, 42 ans, s'apprête à embarquer sur un vol Air France, "soulagée" de quitter la Guinée et son couvre-feu, après plusieurs semaines de manifestations antirégime qui ont fait au moins 113 morts
"Mes enfants sont partis en vacances forcées dès le début de la première grève. Nous sommes restés avec mon mari mais maintenant je les rejoins", explique cette documentaliste de 42 ans employée au lycée français de Conakry. "Le lycée a encore fermé. Je pense que cela va prendre du temps avant de voir un retour à la normale", poursuit-elle, indiquant qu'elle "reviendra à la fin des vacances scolaires... si ça s'est calmé".

"Tout est bloqué, on ne peut pas travailler, alors je pars bosser ailleurs. Ma femme et mes enfants sont encore là, mais je vais bientôt les remballer", renchérit de son côté Dominico, un Italien de 52 ans, également inscrit sur le vol Air France affrété plus tôt que prévu. "C'est le vol commercial de samedi qui a été avancé à vendredi. La liaison de dimanche a également été avancée d'une journée et il est très probable qu'il y ait un vol supplémentaire dimanche", a indiqué à l'AFP Paul Lens Hébrard, directeur d'Air France en Guinée.

Entre peur et espérance

Devant l'enlisement de la crise, de nombreux résidents étrangers commencent à évacuer leurs familles par précaution, attentifs à l'évolution de la situation. "On est en train de se débrouiller pour faire partir ma mère et ma soeur vers Tunis. Ce n'est vraiment pas une situation pour elles", explique le Tunisien Sami, gérant d'un hôtel depuis cinq ans à Conakry. "Moi je vais rester car je pense que ça va s'arranger d'ici quelque temps", assure-t-il, posté à la réception de son établissement. La Guinée vient de vivre plusieurs semaines de manifestations hostiles au pouvoir qui ont fait au moins 113 morts et conduit le président Lansana Conté à décréter le 12 février un état de siège mettant le pays sous le contrôle de l'armée. Devant cette crise qui perdure, le président français Jacques Chirac à annoncé vendredi que Paris se tenait prêt à évacuer les 2.000 Français, 4.000 libanais et 5 à 600 Américains officiellement dénombrés dans ce petit pays d'Afrique de l'Ouest. Un responsable de l'ambassade de France a Conakry a toutefois tenu à préciser à l'AFP qu'"aucune évacuation n'a été programmé pour l'instant".

En revanche, selon le bureau régional des Nations unies à Dakar, l'ONU "a commencé à évacuer une partie du personnel non essentiel" en Guinée. Pourtant, il n'y a pas "vraiment de danger", estime le Libanais Mahmoud, installé dans le Kaloum, le quartier administratif de la capitale. "La plupart d'entre nous, dans la communauté libanaise, ont envie de rester car il n'y a pas le feu à la maison. L'armée s'impose, il n'y a pas d'opposition armée en face donc pas vraiment de danger", assure-t-il. "Ceux qui n'ont pas trop investi peuvent partir, mais moi je suis né ici et j'ai mis beaucoup d'argent dans l'immobilier. Si un jour ça se gâte vraiment, je trouverai toujours une porte de sortie grâce à mes relations", soutient-il, confortablement installé dans son salon.

Source : AFP/Konakry, Publié le: 16/02/2007 à 19:47:54 GMT
Intertitre et chapeau: Rédaction de La Voix du Marteau